La réalité telle qu'elle est.

7 octobre 2011 17:55
 
 



Les prophètes du New Age - les "visionnaires optimistes", comme je les appelle - s'abusent le plus souvent eux-mêmes de leurs rêves de beauté et de bonté ; ils se créent leurs propres illusions, et s'y accrochent d'autant plus fort qu'elles en deviennent le dernier recours de leur raison d'être. La véritable nature du monde - évidemment plus cruelle et plus sombre, évidemment moins belle et moins bonne - briserait en mille éclats leurs croyances. Ce serait salutaire, mais ils ne pourraient sans doute pas le supporter, pas plus que le croyant de telle ou telle religion, de telle ou telle tradition, ne saurait supporter que s'effondre l'édifice de leur pseudo Foi, sur laquelle repose toute leur vie. Pourtant, un construction mentale, si belle soit-elle, reste toujours une construction mentale. Seule l'impitoyable tranchant de l'épée du discernement peut permettre de percevoir la réalité derrière les illusions du mental, mais cela restera, ici-bas, toujours inconfortable. à leurs yeux, je serais toujours un oiseau de mauvais augure, un "pessimiste", qui voit toujours tout en noir.


Qu'à cela ne tienne : si le ciel est bleu, ce n'est que par une illusion d'optique : au-delà de la mince couche d'atmosphère de notre petite planète, le ciel est une toile obscure et ténébreuse s'étendant à l'infini. Dans cette toile, la lumière ne se manifeste qu'en petits éclats miroitants et lointains que seules les ombres de la nuit nous révèle : les étoiles. Est-ce pessimisme de voir les choses telles qu'elles sont ? Si la beauté et la bonté sont à l'Humanité ce que la lumière est à l'Univers, alors ce ne sont aussi que de petits éclats miroitants et lointains que seules les ombres nocturne nous révèle. Ne perdons pas nos rêves de beauté et de bonté, chérissons-les, nourrissons-les, mais ne les laissons pas nous bercer d'illusions ni nous masquer la réalité telle qu'elle est : nos rêves deviendraient alors cauchemars. En regardant la lumière telle qu'elle est - rare et précieuse - nous lui rendons Justice.


Humeur: Placide

J'étais là.

2 mars 2011 16:36
 
 

J'étais là, au crépuscule des dieux,

Temps étranges pour un monde étrange,

Temps d'impuissance pour un monde des puissances,

Factices et illusoires poudre blanche et billets verts,

Or noir et paillettes d'une artificielle brillance,

Suffisant aux regards des âmes vides enténébrés de croyances,

Concurrence, permanence, assurance, suffisance,

Temps d'errance, temps d'absence, tant d'arrogance,

 

J'étais là, au crépuscule des cieux,

Quand les fous étaient sages, et les sages étaient fous,

Quand les enfants enseignaient aux parents,

Qui n'écoutaient rien, sourds aux appels,

 à la décence, à la raison comme à la prudence,

Tant d'impuissance pour un monde en partance,

Temps de perverses jouissances que j'en pisse des larmes,

De sang écarlate, lueur de vie dans un monde de morts,

Illuminant de feu la pointe d'un pic à glace,

Que j'aurais bien planté dans quelques yeux, dans quelques panses,

Histoire d'illuminer l'espace d'une danse,

Macabre, cette nuit dont j'attend en vain, semble-t-il,

La faim.

 

J'étais las aux crépuscules des jeux, attendant la fin,

Des jeux et des enjeux, aussi vides et creux,

Aussi riches et pieux que les dieux des bacchanales,

Bacchanales funèbres de ces jeux de guerre,

Qui seules profitent aux fous qui se croient dieux,

Mais qui seulement, n'en déplaise, sont hideux,

Ides et hé qui n'existent que par eux, par ils, par ceux,

Qui guerroient les eux contre les autres, car à leur yeux,

L'enfer c'est les autres, mêmes s'ils sont tous des autres,

Et que je fais partie d'eux, maudits soient-ils !

 

J'étais là au crépuscule des yeux, quand trop tard,

Ils les ouvrirent, douloureusement, les uns après les autres,

Lorsque l'aube arriva, trop brillante, trop éclatante, trop réelle,

Pour leurs petits yeux de taupes, qui de lumières n'avaient connus,

Que les heures sombres et les Ombres, que les mensonges,

Les jeux de dupes, auxquels ils accordaient tant d'importance,

J'étais là, oui, mais eux, ils ne me voyaient pas.

 


Humeur: Éberlué

 
 

Retour sur la civilisation

Q

u'est-ce qu'une civilisation ? La question peu sembler désuète ou naïve. Mais qui en connait la réponse ? Ce mot est issus du latin civis, qui signifie "cité" ou "ville". Le terme civilisation, apparaissant au XVIIIe siècle, se définit comme opposé à la barbarie ou à l'état de nature. Le mot barbare est issu du grec barabaros et signifie celui "qui ne parle pas le grec", autrement dit l'étranger, désigné comme "brave". Bien que le mot "barbare" ait pris de nos jours un sens péjoratif, celui de "brute", "sans foi ni loi", c'est un abus de signification, afin de discréditer par la propagande, tout qui choisit de vivre différemment. Est donc "civilisé" ce qui appartient à nos mœurs, et est "barbare" (non civilisé) ceux qui ne vivent pas selon nos mœurs (qui ne "parlent pas notre langage") : en d'autres termes, selon le credo du Projet Venus, seront considérés comme barbares et non civilisés ceux qui ne parlent pas le langage scientifique ... Bon sang, je savais que j'aurais dus faire plus d'effort en cours de sciences : me voilà réduit au rang de barbare ! Snif ...

Aussi surprenant que cela puisse paraître, une contradiction ontologique se trouve donc dans l'énoncé même du Projet Venus. En effet, lorsque le Projet Venus propose de construire une civilisation qui apporte tous le confort et tous les bienfaits de la technologie, tout en demeurant en harmonie avec la Nature, c'est éminemment contradictoire. Pour comprendre cela, il nous faut développer notre propre analyse des causes de la dysharmonie qui règne dans notre société.

Si selon le Projet Venus - ainsi que les films de la série Zeitgeist -, la corruption est le fait du système monétariste et des "valeurs" qu'il sous-tend (compétition, avidité, profit, ...), d'après moi, la dysharmonie qui règne vis-à-vis de la nature provient de l'avènement de la civilisation elle-même. Or, si nous recherchons une cause fondamental aux problèmes du monde, il faut remonter à la cause la plus ancienne : entre l'avènement de la civilisation et celui du système monétariste, lequel des deux est le plus ancien dans notre Histoire ?

Pour développer mes arguments, permettez-moi de faire appel au personnage de l'agent Smith du film Matrix. Lorsque dans ce film il tient le personnage de Morpheus entre ses griffes, il lui tient un petit discours qui intéresse notre propos. Il dit :

« Je souhaiterais vous faire part d’une révélation surprenante. J’ai longtemps observé les humains, et ce qui m’est apparu, lorsque j’ai tenté de qualifier votre espèce, c’est que vous n’étiez pas réellement des mammifères. TOUS les mammifères sur cette planète ont contribué au développement d’un équilibre avec le reste de leur environnement, mais vous, les humains, vous êtes DIFFERENTS. Vous vous installez quelque part et puis vous vous multipliez, vous vous multipliez, jusqu’à ce que vos ressources naturelles soient épuisées. Et votre seul espoir pour réussir à survivre, c’est de vous déplacer jusqu’à un autre endroit. Il y a d’autres organismes sur cette planète qui ont adopté cette méthode. Vous savez lesquels ? Les VIRUS. Les humains sont une maladie contagieuse, le cancer de cette planète, vous êtes la peste. Et nous, nous sommes l’antidote »

Nous avons par réflexe tendance à rejeter pareil discours, pourtant, en même temps, cela nous touche, car il semble paradoxalement frappé de bon sens. Nous avons l'impression que Smith exagère, caricature, force le trait. Pourtant, les faits sont là. Ce que dénonce le Projet Venus n'est pas différent de ce que Smith dénonce ... Alors qu'est-ce qui cloche dans son discours ? C'est simple. Le sophisme de l'agent Smith tiens dans le fait qu'il n'analyse le comportement humain que dans sa période dite "civilisée", c'est-à-dire dès l'instant où, dans son histoire, il a commencé à se sédentariser et vivre en cité[1]. Dès cet instant, en effet, les humains n'ont eut de cesse de vouloir domestiquer et dominer la nature. Ils ont développé l'agriculture, la sélection des plantes, et pour se faire, ont commencé à développer la technologie. D'abord primitive, elle a lentement mais sûrement progressé. L'apport de ces techniques ont rapidement permis une expansion. Le taux de natalité à commencé à grimper, grimper, obligeant à étendre les cités et à rechercher de plus en plus loin les ressources nécessaires à combler les besoins eux-mêmes grandissant, non seulement du fait de la natalité croissante, mais d'une extension des besoins qui sont passé de besoins de base à des besoins de plus en plus superfétatoires.

De fil en aiguille, il a fallu étendre un réseau d'échange avec d'autres cités, puis étendre le contrôle à des territoires ruraux et dominer leurs populations, voir les asservir. La guerre, la servitude et l'esclavage sont venus en même temps que la hiérarchisation de la civilisation et en même temps que la spécialisation dans les tâches. Le réseau de dépendances s'est ainsi instauré au sein de chaque cité, créant une cohésion de plus en plus aliénante. Avec la civilisation sont venues également les religions structurées, les classes sociales et les castes ainsi que la quête de pouvoir et de grandeur. Paradoxalement, c'est dans le Livre de la Genèse de l'Ancien Testament que l'on peut trouver trace du schisme qui s'est produit entre les peuples sédentaires et les peuples nomades.

GENESE 4:2 à 4:7 « 2 (...) Et Abel devint gardien de moutons, mais Caïn devint cultivateur du sol. 3 Et il arriva, au bout d'un certain temps, que Caïn se mit à apporter des fruits du sol en offrande à Dieu. 4 Mais quant à Abel, il apporta, lui aussi, quelques premiers nés de son troupeau, et même leurs morceaux gras. Or, tandis que Dieu regardait avec faveur Abel et son offrande, 5 il ne regarda pas avec faveur Caïn et son offrande. Et Caïn brûla d'une grande colère et son visage commença à s'allonger. 6 Alors Dieu dit à Caïn : "Pourquoi brûles-tu de colère et pourquoi ton visage s'est-il allongé ? 7 Si tu te mets à faire le bien, n'y aura-t-il pas élévation ? Mais si tu ne te met pas à faire le bien, il y a le pêché qui se tapi au commencement, et vers toi et son désir ardent ; et toi, te rendras-tu maître de lui ?" »Selon moi - qui ne suis pas religieux (loin s'en faut !) -, à l'aune du résultat de nos huit ou dix mille ans de civilisation tels que décrite par l'Histoire, il ne fait aucun doute que le Dieu qui s'exprime dans ce passage, tout au début de la Bible, approuve le choix de vie nomade du berger Abel, tandis qu'il n'apprécie pas le choix de vie sédentaire de l'agriculteur Caïn. Il stigmatise le "désir ardent qui se tapi au commencement". Au commencement de quoi ? Peut-être de ce que nous appelons "civilisation ? En suivant cette interprétation, Dieu interroge Caïn sur sa capacité à devenir maître de l'avidité qui se tapi au cœur de la vie sédentaire. Cette interprétation paraîtra peut-être audacieuse, pourtant, je la trouve plus pertinente que tout autre entendue à ce jour, qui ne s'attarde à y voir que la dénonciation de la jalousie et de la vanité blessée de Caïn. Aucun exégète ne semble se demander pourquoi Dieu préfère la viande de mouton aux fruits et céréales. Cela est-il étonnant ? Peut-être pas si l'on considère que la religion s'est développée dans les cités : on ne dénonce pas celui pour qui on roule ... Pourtant, en insérant ce passage dans la Bible, les fabricants du mythe ont commis une erreur : ce texte a été rédigé à l'origine par des nomades et pour des nomades, et ces nomades condamnaient le mode de vie civilisé, voilà pourquoi ils placèrent ces mots dans la bouche de leur dieu.

Pour savoir si cette interprétation est pertinente ou non, demandez-vous donc ce qui différencie l'homme qui vit de façon nomade (ou semi nomade) et celui qui vit de façon sédentaire, au sein d'une cité. Lequel des deux se trouve, par la force des circonstances (par les conditions de son environnement), "contraint" d'être en symbiose avec les rythmes naturels - donc, comme dit Smith "ont contribué au développement d’un équilibre avec le reste de leur environnement" - et lequel se trouve - toujours de par son environnement - isolé, séparé et progressivement de plus en plus déconnecté de la nature et de ses rythmes ? La réponse ne fait pas mystère, n'est-ce pas ?

Un autre critique de la société de consommation et du capitalisme, Louis Charpentier, a écrit ces mots, que je trouve très parlant, et que Jacque Fresco et les exégètes du Projet Venus auraient tout intérêt à méditer et intégrer : "Dans le domaine matériel, on peut presque tout apprendre à des mains d'homme. Dans le domaine intellectuel, on peut presque tout apprendre à un cerveau humain. Mais cela ne concerne qu'un degré supérieur d'animalité. Car sans l'éveil spirituel, le travail manuel n'est que du réflexe conditionné et le travail intellectuel n'est que la mémoire appliquée. Or, éveiller le spirituel est un problème qui ne se résout pas avec l'ergot de la dialectique. Il y faut une gymnastique personnelle dont la première étape est une mise en accord avec les rythmes naturels, manifestation du spirituel dans la matière."

Sans cette mise en accord des individus avec les rythmes naturels, sans cette reconnexion interne, personnelle, individuelle, des citoyens avec la Terre, tous les efforts pour créer une société en harmonie et en symbiose avec la nature resterons vains et inutiles. Toute la technologie et toute la connaissance de l'univers ne suffiront pas à créer ou recréer ce lien, et les mêmes perversions ressurgirons au cœur même d'un projet pourtant noble et idéaliste. Car la technologie et la science ne sont pas une panacée en soi : ce ne sont que des outils, des instruments. Et qui plus est, des instruments essentiellement mentaux. Or, qu'est-ce que le mental ? Le mental, nous dit Gitta Mallasz dans son Dialogue avec l'Ange, est un instrument, un outil entre les mains du maître. Non pas conducteur, mais conduis. "Tu portes la cuillère à sucre à la bouche et tu te dis c'est bon ; ce n'est pas la cuillère qui est bonne ; essayes de la mordre et tes dents vont s'y casser !" En comprenant cela, je comprend que le mental, qui ne devrait qu'être un serviteur, un outil pour chacun de nous, s'évertue à être le maître. Nous confions la direction de nos actes et nos choix de vie à notre seul mental, et se faisant, nous nous coupons de nos autres facultés, qui se trouvent en friche et perdues en nous. N'est-il pas habituel dans notre société de confondre sans arrêt l'intelligence et la sagesse ... ?

Krishnamurti (qui apparait dans Zeitgeist : Addendum) nous dit à propos : "L'intelligence n'est pas l'aptitude au maniement habile d'arguments, de concept, d'opinions contradictoires - comme si les opinions pouvaient donner accès à la découverte de la vérité, ce qui est impossible - mais elle consiste à se rendre compte que la mise en actes de la pensée, en dépit de toutes ses capacités, de ses subtilités, et de l'activité prodigieuse qu'elle ne cesse de déployer, n'est pas l'intelligence." L'intelligence, il est sans doute temps de l'admettre, n'est que notre faculté de discernement - c'est-à-dire de séparer, diviser, partager. Par conséquent, l'intelligence en elle-même ne nous est pas d'un secours essentiel pour retrouver le lien avec la Nature et recréer la symbiose avec la Terre Mère. La question qui se pose alors est de savoir si tout le confort que nous apporterait la civilisation fondée sur une économie basée sur les ressources, supportée, dirigée et gérée par la science et la technologie, est vraiment apte à permettre aux humains de se rapprocher des rythmes naturels et ainsi recréer son lien avec la Terre ? Le confort et l'accès à de nombreux bien de consommation - même si cette consommation est gratuite - n'entraînera-t-il pas une perversion plus grande ?

Selon le Bouddha, il existe trois causes fondamentales à tous nos maux. Pas plus. Ces trois causes sont l'avidité, l'aversion et l'ignorance. L'aversion provient de l'avidité et procède de l'ignorance. L'ignorance engendre la peur du manque, la peur du manque génère l'avidité et l'avidité provoque l'aversion. L'avidité survient lorsqu'un besoin, une sensation agréable se produit, et lorsque l'on s'aperçoit que cette sensation ne perdure pas éternellement. Lorsqu'un besoin est satisfait, encore, encore et encore - par exemple un jeu ou le chocolat -, on finit inévitablement par se lasser, se dégoûter. Lorsque cela se produit, on se met en quête de sensations nouvelles de plaisir. Si nous ne trouvons pas, nous avons un sentiment de manque, et cela génère de l'aversion pour toute cause - ou toute personne - jugée être la source de ce manque. Ainsi, même dans la société apparemment idéale proposée par le Projet Venus, le risque demeure de voir se développer avidité et aversion, causes de perversions, corruptions et crimes en tout genre.

Ce qui peut-être à manqué à nos illustres ancêtres, après avoir fondé les premières cités états et fait prospéré celles-ci, c'est leur connexion avec la Terre Mère. Ce lien spirituel a été coupé - tout comme le cordon ombilical à la naissance - et avec le temps rien ne s'est arrangé. La religion a vainement - et très maladroitement tenté, peut-être, de recréer ce lien (le mot "religion" vient du latin religare et signifie "se relier") ; non seulement elle y a échoué, mais en plus elle a été utilisée à des fins en totale opposition à ce dessein. Car rien n'éloigne plus de la spiritualité que la religion. La science, qui est venue à la charnière du XVe et du XVIe siècle, remplacer et supplanter progressivement la religion dans l'esprit des hommes, est devenue petit-à-petit la source de réponses à toutes nos questions, à tous nos problèmes, mais elle n'a pourtant pas fait beaucoup mieux jusqu'ici. Alors certes, il est bien possible, en effet, que le système monétariste ait pervertit les bénéfices de la science (j'en suis intimement convaincu), mais le doute subsiste quant à la pertinence de cette orientation exclusive de la science et de la technologie comme direction du monde.

Matthieu Ricard, ancien biologiste qui signe une thèse en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, sous la direction du Pr. François Jacob (Prix Nobel de médecine), nous explique dans le livre entretien réalisé avec Trinh Xuan Thuan L'infini dans la paume de la main : "S'adonner pendant des siècles à l'étude et à la recherche ne nous fait pas progresser d'un pouce vers une meilleure qualité d'être, à moins que nous ne décidions de porter spécifiquement nos efforts en ce sens[2]. La spiritualité doit procéder avec la rigueur de la science, mais la science ne porte pas en elle les germes de la spiritualité. (...) La science n'engendre pas la sagesse. Elle a montré qu'elle pouvait agir sur le monde mais ne saurait le maitriser. (...) La science est fondamentalement limitée par le domaine qu'elle a elle-même définit. Et si la technologie a apporté d'immenses bienfaits, elle a engendré des ravages au moins aussi importants. De plus, la science n'a rien à dire sur la manière de conduire nos vies." Si la science n'a rien à nous dire sur la manière de conduire nos vies, comment peut-on envisager de placer des scientifiques, des techniciens et des machines à la direction de notre projet de civilisation ? N'est-ce pas la porte ouverte à une technocratie tout aussi dangereuse que l'est notre système actuel basé sur le monétarisme ? Le doute est permit. Il est même nécessaire, il me semble.

La dépendance technologique

U

ne importante question doit être posée concernant le Projet Venus, c'est la question de la dépendance à la technologie. Lorsque nous dénonçons la dépendance au système monétariste, nous désignons l'aliénation dans laquelle nous entraîne le fonctionnement du système selon les principes qui régissent le système bancaire. Nous dépendons des banques et de leur capacité à créer l'argent à partir de dettes.

Dans un système d'économie basé sur les ressources, nous dépendons des ressources, et c'est la raison pour laquelle le Projet Venus estime à raison que l'évaluation ainsi que la répartition équitable des ressources doit être fait au mieux. Pour ce faire, le credo avancé est le recours à la précision et l'efficacité de la méthode scientifique et des progrès technologiques. Pourtant, nous avons de nombreux exemples qui montrent les limites de la technologie, et parfois même son inefficacité.

Le dernier exemple en date remonte à moins de deux semaines au moment où j'écris ceci. Cette année 2010, nous subissons ici (Europe de l'Ouest) un hiver un peu plus précoce et rigoureux que d'habitude. De nombreuses perturbations ont provoqués retards et blocages d'aéroports, de routes, de voies de chemin de fer et de voies fluviales. Notamment, sur les voies de chemin de fer, la technologie moderne a été mise en échec par le froid et la glace. Les TGV ont dus ralentir, parce que la glace se formant dans les soubassements des voitures se détachait au croisement de deux rames et les projections à grande vitesse brisait les vitres des trains. De même, pour le train circulant dans le tunnel sous la manche, de la glace s'est formée dans les circuits électriques et électroniques de la locomotive et provoqué des dysfonctionnements qui ont bloqué les machines et le train au beau milieu du tunnel, ce qui a occasionné des difficultés pour évacuer les passagers. Sur la terre ferme, en Belgique, la SNCB a dut ressortir les vieilles locomotives électriques et diesel qui étaient "à la retraite", car les locomotives et les voitures modernes avaient de nombreux problèmes à cause de l'électronique embarquée, tout cela toujours à cause du froid ...

Or, que propose le Projet Venus ? La cybernétisation de toutes les fonctions vitales de la société, villes, transports, moyen de construction, de production de biens et de nourriture. Tout cela régenté par ordinateurs et moyennant une hyper informatisation et l'électronique embarquée à tous les niveaux. Nous deviendrions donc dépendant en toutes choses de l'informatique, de l'électronique et de la cybernétique. Mais que se passerait-il si une vague de froid inhabituelle survenait ? Ou d'autres conditions climatiques hors normes - par nature imprévisibles - ou pire, si une activité solaire anormalement forte se produisait en synchronicité avec une activité particulièrement faible du magnétisme de la Terre ?

Nous nous trouverions entièrement paralysés, en proie à de grandes difficultés, et dans une situation où les "simples" citoyens seraient fortement démunis pour pouvoir réagir et s'adapter à la situation. La majeure partie de la population, déshabitués à se débrouiller par elle même pour sa nourriture, son énergie, et l'ensemble de ses besoins de base, se trouverait entièrement dépendante de techniciens et de scientifiques, qui, s'ils sont en effet les plus qualifiés pour trouver des solutions, n'en restent pas moins des humains, avec leurs limites et leurs défauts.

Ne dit-on pas qu'il ne faut jamais placer tous les œufs dans un même panier ? Où qu'il faut avoir plusieurs cordes à son arc ? Ces sages proverbes sont là pour nous rappeler certaines choses élémentaires dans la gestion de notre quotidien et dans nos choix de vie. Le principal problème de la science actuelle, d'après de nombreux scientifiques et penseurs, c'est son hyper spécialisation. Cette spécialisation implique le plus souvent une segmentation, une réification des tâches, considérées les unes séparément des autres. Cette façon de penser et de fonctionner est contraire au grand principe d'interdépendance. Il empêche à chaque acteur d'avoir une connaissance et une vue d'ensemble d'un problème donné, et par conséquent, une prise en compte adéquate de la chaîne de causalité. La spécialisation doit être bannie de la connaissance holistique, car elle est le nerf de toutes les perversions de notre société. Par conséquent, nous ne devrions pas mettre tous nos efforts et tous nos espoirs dans les seuls apports de la science et de la technologie. Ce serait hypothéquer la meilleure opportunité qui se présente à nous de refonder une nouvelle humanité qui soit enfin digne de nos vertus et de nos idéaux les plus nobles et les plus progressistes.

Le diable dans les détails

L

e Projet Venus est un projet ambitieux, mais sur un certain nombre de points, il m'apparait déjà critiquable dans ses choix. Une des choses qui me frappe, c'est le gigantisme des infrastructures imaginées pour supporter le projet : infrastructures sous marine pour exploiter le courant marin du Gulf Stream, barrages géants, machines gigantesques, etc. Ce gigantisme, je ne suis pas sûr qu'il soit du meilleur aloi. Par nature, le gigantisme n'est pas à l'échelle de l'Homme, mais plutôt à l'échelle des dieux de l'Olympe. Ce gigantisme est-il nécessaire ? Dans la mesure où le Projet Venus envisage la production d'une très grande quantité d'énergie, oui. Une ville selon le Projet Venus demandera, comme les grandes villes modernes actuelles, une très grande quantité d'énergie pour fonctionner. Pour alimenter ces villes, il sera nécessaire de construire de grandes centrales de production d'énergie, comme c'est le cas pour les centrales nucléaires ou les autres centrales de production d'énergie.

Or, je conteste le choix d'une production centralisée de l'énergie. Cette production centralisée, nous savons de quoi il retourne à l'heure actuelle : elle rend absolument dépendant l'ensemble des acteurs de la société à ces opérateurs, qu'ils soient publics ou privés. Pourtant, nous disposons déjà de la technologie qui permettrait à chaque foyer, ou à un petit groupe de quelques foyers, d'être autonome pour la production de leur énergie. L'éolien, le photovoltaïque, le solaire, la méthanisation des déchets, la récolte de l'eau de pluie, le géothermique, sont autant de technologies de production d'énergie renouvelable qui peuvent se décliner à l'échelle d'un ou de quelques ménages, rendant ceux-ci bien plus autonomes que s'ils dépendent d'une production centralisée.

Production centralisée vs production décentralisée

Il y a de nombreux avantages qui plaident en faveur d'une production autonome et décentralisée. Par exemple, lorsqu'une production centralisée tombe en panne, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers - parfois des millions - de foyers qui sont privés au même moment d'énergie (cf. les problèmes qu'a connu la Californie). Cela provoque donc une crise importante et de gros problèmes à l'ensemble de l'économie. Cela peut se produire pour de multiples raisons, et les changements climatiques qui ne manqueront pas à l'avenir, de nous prendre par surprise en provoquant des catastrophes naturelles, doivent nous inciter à la prudence. Par contre, lorsque la production d'énergie est disséminée, lorsqu'une catastrophe se produit, elle ne frappe que les zones touchées, et non des millions de citoyens dépendant de la centrale de production. L'impact négatif se trouve dès lors limité, rendant la résolution des problèmes plus aisée. D'autre part, une production décentralisée empêche de facto toute prise de contrôle de la production d'énergie (quelle que soit la raison de la prise de contrôle) par un groupe, une corporation, etc. désirant nuire à la société (pour quelque raison que ce soit). Troisièmement, le risque d'une catastrophe type Tchernobyl ou Seveso se trouve lui aussi écarté.

Enfin, une production disséminée et décentralisée permet un meilleur contrôle et une meilleure responsabilisation des individus de leur propre consommation d'énergie, car étant directement responsable et en prise avec la production et l'entretient, les individus ont conscience de ce qu'ils font et de pourquoi ils le font. Cette responsabilisation individuelle fait selon moi partie intégrante des changements importants de mentalité qui doivent être opérés dans la refondation d'une nouvelle société. Responsabiliser en rendant les familles plus autonomes, tant au niveau de leur énergie que de leur alimentation, est un processus que nous devrions sérieusement envisager si nous voulons voir se développer une société plus responsable et plus citoyenne. La société proposée dans le Projet Venus ne semble pas du tout envisager cet aspect des choses, alors que paradoxalement, elle évoque le fait qu'il est nécessaire de faire évoluer les consciences individuelles. Mais ce n'est pas en proposant une société du futur où tout serait à portée de la main gratuitement que l'on responsabilise et conscientise les individus. Il y a donc là encore une sorte de contradiction dans le choix des solutions par rapport à l'énoncé des problèmes et de leurs causes.

Le béton et l'acier

Le Projet Venus prévoit une grande utilisation du béton et de l'acier pour ses réalisations architecturales. Voilà qui est un choix des plus discutable à bien des niveaux. Bien que n'étant pas ingénieur, j'ai une formation dans la construction, ayant suivit une instruction dans la physique du bâtiment et concernant les conceptions modernes de bâtiments à basse énergie ou de type passif. Ce type de concept me parait entrer en droite ligne dans un projet tel que le Projet Venus. Or, le matériau le plus préconisé dans ce cadre est incontestablement le bois. Quels sont les avantages du bois sur l'acier et le béton ?

·         Faible consommation en énergie pour sa production (Bois scié: 350 kWh/m3 ; Béton: 700 kWh/m3 ; Acier: 46 000 kWh/m3 ; Aluminium: 141 500 kWh/m3).

·         Lutte contre les gaz à effet de serre (le bois capture le CO2 présent dans l'air).

·         Meilleur isolant thermique (15 fois meilleur que le béton, 450 fois meilleur que l'acier, 1700 fois meilleur que l'aluminium)

·         Le bois est un régulateur hygrothermique naturel très performant.

·         Solidité et durabilité (grande résistance mécanique du bois, matériau de choix utilisé depuis des siècles pour l’exécution des charpentes, pièces maîtresse de toutes les maisons quelle que soit la composition de leurs murs ; bien conçue, une maison bois est construite pour longtemps : en France, de nombreux bâtiments - comme les anciennes maisons à colombages - exposent fièrement leur façade plusieurs fois centenaire : dans les régions du globe particulièrement exposées aux intempéries et aux froids extrêmes, comme les pays scandinaves, les hommes ont massivement choisi la maison bois).

·         Sécurité (contrairement aux idées reçues de la propagande de l'industrie d'après guerre, le bois offre une meilleur sécurité incendie).

·         Rapidité de construction (pas de délai de séchage, contrairement au béton ou à la maçonnerie).

·         Constructions évolutives et modulables.

Vous pouvez facilement, sans être ingénieur, comprendre que pour produire une poutre en acier et en béton, il faut beaucoup plus d'énergie que pour produire une poutre en bois. En outre, le bois est un matériau renouvelable. On vente souvent les structures en acier dans la construction. Pourtant, à cause des chutes de neige supérieures à la norme lors de cet hiver 2010, on a vu de nombreux bâtiments effondrés à cause du poids de la neige : tous ces bâtiments avaient une structure en acier ! Tous ces arguments font du choix de l'acier et du béton comme matériaux privilégiés du Projet Venus, un choix plus que discutable. Il y a par ailleurs des pistes de recherche pour exploiter d'autres matériaux qui méritent d'être explorées, par exemple le bambou : léger, très performant mécaniquement, très rapide et facile à produire (sans engrais, sous de nombreuses latitudes et climats différents), ce matériau encore trop peu connu en occident offre des perspectives étonnantes. Et puis contrairement au froid de l'acier et à la grisaille du béton, le bois offre une chaleur et un confort d'habitat inégalé : on se sent bien dans une maison en bois, l'acoustique y est plus agréable, l'ambiance plus chaleureuse, les odeurs plus saines.

Attention, je ne dis pas qu'il faille abandonner l'usage du béton et de l'acier, mais je réfute l'idée qu'il faille les privilégier. Je considère que leur usage doit au contraire être minimisé, afin de privilégier des matériaux renouvelables (comme le bois) ne nécessitant que peu d'industrialisation pour leur mise en œuvre. Il y a des recherches et des expériences à faire pour faire progresser les connaissances et améliorer les performance déjà grandes du bois.

Les dangers du Projet Venus

Suppression des frontières

Afin de voir le jour, le Projet Venus implique la création d'une instance supranationale, telle que l'actuelle ONU, mais dotée d'autres objectifs, et de pouvoirs plus importants d'ingérence au sein des politiques nationales, au même titre que l'U.E. en Europe. Outre que je ne vois guère comment parvenir à unir tous les pays et tous les gouvernements autour du Projet Venus, et surtout considérant l'expérience que nous avons des institutions européennes, j'ai toutes les raisons d'être inquiet de voir une telle institution se former à l'échelle du monde.

L'U.E. est le projet le plus anti démocratique qui ait été réalisé depuis la dernière guerre mondiale. Elle a été instaurée sans aucune forme de légitimité démocratique, elle s'est imposée progressivement et sournoisement aux états membres et à leurs citoyens à l'aune de traités de plus en plus contraignants, qui ont vidés les états de pratiquement toutes leurs prérogatives. L'essentiel des politiques normalement attribués aux états est maintenant décidé par la Commission Européenne, et les gouvernements des états ne sont plus là que pour traduire les lois et décrets voté à l'U.E. dans leurs propres législations. Les frontières au sein de l'U.E. ne sont plus que symboliques, ou presque. Le grand melting pot a été décrété sans que les populations, les citoyens, aient eut leur mot à dire. Lorsqu'une "constitution" commune a été "proposée", quelques rares états (France, Pays-Bas, Espagne, Irlande) ont organisés un referendum afin d'obtenir l'adhésion de leurs citoyens. En France, au Pays-Bas et en Irlande, le traité a été rejeté par une majorité. Pour contourner cela, le traité à été "toiletté" et a été voté par décret ... Il n'y a donc plus aucune forme de démocratie en Europe, si ce n'est un vernis illusoire et passablement craquelé. Les états qui font partie de l'U.E. se trouvent coincés, car le système est si bien ficelé qu'il est auto bloquant. Sortir de l'U.E. afin de récupérer sa souveraineté nationale est de l'ordre de l'exploit et paraît presque impossible.

Si une institution supranationale à l'échelle du monde entier était constituée de la même façon, quelles garanties aurions-nous que cette institution respecte non la forme, mais bien l'esprit démocratique ? D'autant que je considère, comme Mr Fresco, que nous n'avons jamais véritablement connu la démocratie : c'est une expérience, un projet qui reste à l'état d'ébauche. Nous avons développé quelques expériences qui ne constituent que des proto démocraties, et qui sont pour la plupart devenue des proto fascismes.

Bien sûr, beaucoup d'humanistes souhaiteraient voir abolir toutes les frontières, estimant que celles-ci sont des limites artificielles, illégitimes, qui séparent artificiellement les peuples et surtout les divise. C'est à la fois vrai et faux. Que ces limites soient artificielles est en partie vrai, mais ce que l'on ne peut pas nier, c'est la différence au niveau des langues, par exemple. Lorsqu'un état est constitué d'une population parlant une langue nationale spécifique (ex. Japon, Russie, France, Portugal, Espagne, ...), la langue elle-même constitue une différence et une "barrière" réelle entre les peuples. Or, ces langues multiples ne sont-elles pas également une richesse ? D'autre part, on peut concevoir que les états sont en quelque sorte chacun un "projet de société" particulier, et que chacun de ces projets représente un choix qui appartient, peu ou prou, à ses citoyens. Bien sûr, c'est très discutable : puisqu'aucun pays n'a véritablement développé de démocratie "vraie", on peut considérer que les choix ont en réalité été opérés par des "élites" au pouvoir, et que les peuples ont donc été contraint de suivre.

C'est vrai, mais seulement dans une certaine mesure. Si cela s'est produit de cette façon, c'est que d'une manière ou d'une autre, les populations ont été amenées à accepter le système imposé. Dans une dictature, c'est la force et l'oppression qui est utilisée afin de soumettre la population ; dans une pseudo démocratie telle que nous la connaissons, c'est par le biais de la propagande et des techniques de manipulation des masses (ingénierie du consentement) que l'on obtient l'adhésion de la population (mais seulement dans une certaine mesure).

La disparité de "projet de société" constitue donc, d'un certain point de vue, un problème, mais d'un autre, une richesse : si de multiple projets peuvent être expérimentés, on peut établir une comparaison, et voir quels sont les avantages et inconvénients de chacun. Mais si un seul projet se développe sur toute la planète, quel point de comparaison aurons-nous ? Si jamais le projet prend mauvaise tournure, quel seront les possibilités pour les citoyens de se retirer de ce projet ? Là est tout le danger de la suppression des frontières : il n'y a plus d'échappatoire.

Récupération politique

Beaucoup de ceux et celles qui sont sensibilisés au Projet Venus sont également informé du danger imminent de voir établir une dictature mondiale. Tous les signes avant coureur sont là. Les groupes et individus qui concentrent actuellement les pouvoirs entre leurs mains œuvrent depuis des décennies à établir un gouvernement mondial. Ils ne s'en cache presque plus (voir les discours de G. Bush père, G. Bush fils, N. Sarkozy, etc.). Il est donc parfaitement normal que le Projet Venus, qui propose lui aussi l'établissement d'une gouvernance mondiale, soit perçu avec méfiance. De nombreuses interrogations se posent, notamment concernant Peter Joseph, le réalisateur des films de la série Zeitgeist. Qui est-il ? Appartient-il à une organisation et si oui, laquelle ? Ces questions, pour suspicieuses qu'elles puissent paraître, sont légitimes : nous sommes constamment manipulés, il est donc naturel - et sain - de développer une méfiance face à toute information ou projet nouveau. Il nous faut faire preuve de grand discernement, et pour cela, collecter le maximum d'informations les plus objectives qui soient, et recouper ces informations.

De plus, quant bien même il serait avéré que le Projet Venus est bien ce qu'il prétend être, il reste un grand danger, qui est celui de la récupération politique de certains éléments du projet. Les émules du Nouvel Ordre Mondial peuvent être considérablement intéressées par le Projet Venus, et il est tout-à-fait vraisemblable qu'ils envisagent de s'approprier le projet tout en le mettant à leur sauce. Ce serait même l'attitude la plus judicieuse qu'ils puissent avoir. Ils récupéreraient en même temps les citoyens qui se mobilisent pour promouvoir le projet. C'est de la même manière que la plupart des idées innovantes ont été récupérées, que ce soit les écrits d'Adam Smith ou plus tard ceux de Karl Marx, ces idées ont été récupérées, déformées et remodelées afin de dévoyer l'essence de chacun dans le but d'obtenir l'adhésion des masses. Les industriels de l'agro alimentaire, de l'électronique, de l'industrie sidérurgique, de la cybernétique, etc. ne peuvent qu'être séduis par le Projet Venus : cela pourrait bien constituer un formidable tremplin de promotion pour leurs objectifs personnels.

La stratégie du choc

Pour établir une économie mondialisée basée sur les ressources, il faut au préalable que le système monétariste s'effondre. Le Projet Venus et le Mouvement Zeitgeist table sur l'effondrement annoncé de ce système, mais même si nous considérons comme nécessaire l'effondrement de ce système néfaste, nous ne devons pas moins être conscient du chaos que cet effondrement va engendrer. La majeure partie de l'humanité n'est pas consciente de ce cataclysme, et ceux qui en parlent sont dans la position de Cassandre. Lorsque cet effondrement se produira, il résultera inévitablement un choc important pour les peuples du monde. Comme je l'ai développé antérieurement, une telle situation de crise est nécessaire pour amorcer une remise en cause fondamentale de nos vieux paradigmes. Il y a hélas de fortes probabilités que c'est exactement sur ce même choc que comptent ceux qui veulent établir un Nouvel Ordre Mondial, avec de tout autres visées que celles avancées dans le cadre du Projet Venus. Cette stratégie du choc bien rodée depuis un demi siècle risque donc fort d'être mise en œuvre et nous prendre de cours. Car si l'internet est notre mode de communication, les tenants du Nouvel Ordre Mondial ont toujours la mainmise sur les médias de masse traditionnels, et disposent de tous les réseaux, lobby, experts en communication et en propagande, pour tourner à leur profit l'effondrement du système bancaire.

Comment résisterons-nous face à cet assaut ? Comment pourrons-nous empêcher que la stratégie du choc soit déployée pour forcer l'établissement d'un Nouvel Ordre Mondial ? Comment parvenir à faire connaître le Projet Venus et susciter l'intérêt, voir l'adhésion du projet par une majorité, et faire en sorte que celle-ci ne se laisse pas aller à des solutions toutes faites préparées par les "maîtres du monde" ?

Nous nous trouverons alors dans une situation sans précédent dans l'Histoire connue : une situation où tout est possible au niveau mondial, le pire comme le meilleur. Une situation où les chances du meilleur sont les plus grandes depuis très longtemps, mais où les moyens du pire sont également les plus puissants. Comment favoriser cette opportunité, tout en contournant le déséquilibre des moyens ? A la charnière entre un monde meilleur et le meilleur des mondes, comment pouvons-nous faire peser la balance vers le monde meilleur, sans que celui-ci ne devienne le meilleur des mondes ?

Conclusions

L

a critique sociale que pose le Projet Venus et le Mouvement Zeitgeist concernant les dérives de notre monde est pertinente, nécessaire et même indispensable. Développer un nouveau projet de société humaniste - une utopie -, pour le bénéfice de tous les humains, sans exceptions, est nécessaire et tout aussi indispensable. Prendre les devants - je dirais plutôt, personnellement, rattraper le retard - sur les "élites" qui sont actuellement au pouvoir, est la meilleure chose à faire, si nous ne voulons pas être à nouveau menés par le bout du nez. Mais ce retard à combler est grand. Très grand ! Cela ne signifie pas que ce n'est pas possible. Au contraire, j'estime que c'est le moment ou jamais de nous y mettre très sérieusement. En cela, l'esprit du Mouvement Zeitgeist et du Projet Venus est positif. Mais nous n'avons par contre pas le droit d'hypothéquer ce projet, et pour éviter cela, nous devons réfléchir à tous les tenants et aboutissants du projet, et accepter qu'il évolue, pourvu que cela reste toujours dans le sens de l'esprit humaniste du projet. Nous devons empêcher que ce projet soit récupéré par des "élites" - quel qu'elles soient (y compris scientifiques) : ce projet doit demeurer entre les mains des citoyens, et c'est pourquoi les citoyens doivent s'en emparer.

Cependant, les citoyens "lambda" sont mal préparés pour s'emparer adéquatement - c'est-à-dire faire usage sagement - de LEUR pouvoir. Ils ont (nous avons) tout à apprendre, et même à réapprendre, puisqu'il s'agit de bazarder nos vieux paradigmes. C'est une introspection majeure qui est nécessaire. Nous aurons donc plus que jamais besoin d'élever nos pensées, d'élever nos énergies positives, créatives et spirituelles. Nous devons absolument réintroduire la philosophie et la spiritualité (j'ai bien dis spiritualité, pas religion !) dans le débat. Reprendre notre pouvoir, c'est commencer par cesser de nous déresponsabiliser en cédant notre pouvoir à un "représentant". C'est nous impliquer personnellement. C'est développer l'esprit critique, non seulement à l'égard des autres, mais principalement vis-à-vis de nous même. Etre responsable c'est "avoir la capacité de répondre". Nous avons donc un double travail à faire : le plus important est le travail sur nous même, puisque nous sommes invités à reprendre notre pouvoir, DONC notre responsabilité. Considérez qu'il ne peut y avoir de liberté sans responsabilité : être libre, s'est être responsable et vis versa. Celui qui délègue sa responsabilité, délègue en même temps sa liberté. Il n'y a pas d'alternative à cela.

Nous devons aussi développer notre capacité d'écoute[3] et de communication. Nous ne devons pas nous contenter de dire ce que nous pensons : nous devons penser ce que nous disons ! Si nous ne faisons pas chacun cet effort, nous continuerons à être à la merci des fabricants de pensée et des manipulateurs. Nous devons développer pareillement de nombreuses qualités, comme l'empathie, la compassion, le discernement, la communication consciente et non violente, etc. et abandonner autant que faire se peut nos défauts égotiques, comme le jugement[4], les idées préconçues, la projection, etc. Il y a de nos jours beaucoup de méthodes qui nous invitent à développer ces qualités, je ne crois pas qu'il y en ait une qui soit vraiment meilleure que les autres : je crois que toutes les méthodes qui existent sont autant de possibilités pour chacun de trouver celle qui lui convient. Au final, l'efficacité résulte toujours de l'intension et de la persévérance de la personne elle-même dans sa démarche. C'est pourquoi je conclurai par une citation de Krishnamurti.

"La crise, ce n'est ni du côté de la politique ou des gouvernements, qu'ils soient totalitaires ou soi-disant démocratiques, ni chez les scientifiques, ni dans les religions qu'elle se trouve, mais au sein même de notre conscience, c'est-à-dire dans nos esprits et nos cœurs, dans notre comportement, dans nos relations. Et cette crise ne peut être pleinement comprise, et sans doute pleinement affrontée, si nous ne comprenons pas la nature et la structure même de la conscience."

Que La Force Soit Avec Nous.


[1] on peut se demander si le choix du nom "Smith" dans Matrix est fortuit ou s'il fait référence à Adam Smith, alors assimilé au programme qui doit être la cause de la destruction de la Matrice (du système) ; le sophisme du personnage est pratiquement le même que celui de la théorie d'Adam Smith.

[2] c'est certes l'espoir du Projet Venus.

[3] "Celui qui n'a pas d'oreille pour écouter n'a pas de tête pour gouverner" (proverbe allemand)

[4] Notre discernement éclaircit ce que nos jugements occultent, car nos jugements ne sont que l'expression tragique de nos besoins.

Humeur: Volubile